Background

Depuis près d'un demi-siècle, la violence empoisonne la région de l'Afrique des Grands Lacs qui comprend le Burundi, l'Est de la République Démocratique du Congo, le Rwanda, l'ouest de la Tanzanie, le sud de l'Ouganda et certaines parties du Kenya. Avec une population estimée à 110 millions d'habitants, la région est l'une des zones les plus densément peuplée de la planète. La plupart des gens y parlent les différents dialectes d'une même langue, ont en commun des cultures semblables et n'ont pas cessé d'être en contact depuis plus de 2000 ans.
Au début des années 1990, le climat déjà violent a soudain empiré. Le génocide Rwandais a tué près d'un million de personnes en 1994, plus de 350.000 vies ont été prises au Burundi entre 1993 et 2004, tandis que des guerres civiles, des invasions étrangères et la faim qui a suivi ont au fil du temps causé la mort d'approximativement 3,5 millions de personnes en République Démocratique du Congo. Un tel déchaînement de violence a laissé chez la plupart des gens un profond traumatisme et leurs plaies mal cicatrisées peuvent engendrer d'autres cycles de violence.
Les années 1990 virent l'émergence en Afrique centrale d'une forme de « pluralisme de l'information ». Cela aurait pu jouer un rôle clé dans le maintien des processus démocratiques encore balbutiants de la région, mais les événements au Rwanda en 1994 prouvent que l'on a utilisé ce pluralisme même pour propager la haine. En particulier, l'arrivée de radios de la haine a eu un effet dévastateur sur les efforts tendant à développer les cadres légaux d'une presse libre et indépendante.
Les radios de la haine se définissent par cela qu'elles « encouragent à des fins politiques les agissements violents, la tension et la haine entre des groupes à composantes raciales, ethniques ou sociales, ou entre des pays, et/ou par ce qu'elles entretiennent un conflit en ne proposant que des vues et des opinions partielles et biaisées qui relèvent de la supercherie » (source : le site Internet de Radio Pays-Bas). La Radio Télévision Libre des Mille Collines correspond parfaitement à cette définition. Ses émissions musicales et de divertissement intégraient nombre d'exagérations sur une soit disant menace tutsie ainsi qu'une glorification de la culture indigène hutue mise en relief par une diffamation des prétendument « étrangers » Tutsis. Ses émissions ont été l'instrument pour persuader les Hutus qu'il y avait du mérite à vouloir exterminer tous les Tutsis, ce qui a conduit au premier procès pour génocide jamais intenté contre un journaliste au Tribunal Pénal International pour le Rwanda à Arusha. Dans ce cas précis, le rédacteur en chef de RTLM fut reconnu coupable de génocide et condamné à la peine de prison maximale pour ce seul acte de diffusion. L'arrivée de cette station avait été rendu possible par l'ouverture des ondes rwandaises et avait été officiellement mise en place par un consortium privé.
Les risques de la liberté d'expression se sont également manifestés en RDC où l'absence de règlementation a conduit à un paysage médiatique exposé à tous les vents, ce qui a permis l'utilisation ouverte d'un discours de haine pendant la campagne électorale en 2006/7. Cela a indirectement induit les violentes confrontations armées dans la capitale de Kinshasa, qui ont fait de nombreuses morts.
D'un autre côté, au Burundi, des radio libres ont joué un tel rôle charnière en s'assurant que la population reçoive une information adéquate et fiable que les annonceurs libres de ce pays s'inquiètent de devenir la cible de quiconque cherche à déstabiliser le pays.
En éduquant les citoyens à être critiques vis-à-vis de leur manière d'assimiler des contenus médiatiques et à se prémunir de l'effet de leurs propres craintes sur leurs actions, Radio La Benevolencija cherche à fournir un nouveau type d'instrument susceptible de renforcer les assises psychologiques nécessaires à une entente pacifique entre les citoyens et les autorités. En montrant aux autorités que l'on peut éduquer les citoyens à faire face à l'incitation, il est possible de contrebalancer les peurs liées à l'ouverture d'un paysage médiatique dans ces pays. De ce fait, Radio La Benevolencija contribue dans la région à l'institution d'un paysage médiatique démocratique libéré de la haine.

Donateurs

Clic ici pour nos commanditaires

Lire la suite...